So Foot 22/09/2012
Inamovible une décennie durant, Carles Puyol paraît aujourd’hui sur les rotules. La faute à un physique qui a du mal à suivre. Et un genou gauche qui vient de l’éloigner des terrains pour les quatre prochaines semaines. Minimum.
C’est un fait, Paolo Maldini et Carles Puyol n’ont pas vraiment la même élégance sur un terrain. Alors que le beau gosse italien affichait une dégaine tout en classe, le capitaine courage balade sa chevelure en mort de faim. Un petit tour sur les curriculum vitae de l’un et de l’autre finit par convaincre : en 1028 apparitions (ah oui, tout de même), le Milanais de toujours n’a récolté que 87 cartons jaunes, quand le Catalan, en 687 coups d’envoi, affiche 124 biscottes. Mais là n’est pas tant le parallèle entre ces deux rocs. Paolo Maldini et Carles Puyol font partie de cette espèce en voie d’extinction. L’un comme l’autre sont des joueurs d’un seul club, d’un seul fanion. Aujourd’hui à la retraite, l’Italien, arrivé à l’âge de 10 ans à Milanello, a connu tous ses fortunes, et tous ses déboires, au sein du Milan AC. Même refrain pour Carles Puyol, qui depuis 1994 promène la liquette blaugrana sur les prés d’Europe et du Royaume. Et comme son comparse italien, la plus belle tignasse de Catalogne connaît une fin de carrière rythmée par des blessures à répétition. Actuellement convalescent pour six semaines, Carles Puyol i Saforcada devrait même rater le prochain Clásico. Ô rage, ô désespoir…
L’âme ou la technique
Bien entendu, la doublette Mascherano-Pique n’a rien de déshonorant pour la formation de Tito Vilanova. Mais force est de constater qu’avec Carlos dans ses rangs, le Barça n’est plus le même. Certes, sans Tarzan – l’un des ses innombrables surnoms – ni Piqué, le Barça affiche un beau ratio de 71% de victoires. Il n’en reste pas moins que son apport, aussi bien physique que mental, est véridique. À force d’abnégation, l’homme est devenu un indéboulonnable du système catalan. Pour rappel, en 1998, alors qu’il faisait partie de la réserve de la réserve, son Barça accepte une offre de Málaga. Lui refuse et cravache. Son adage n’a donc rien de surprenant : « Un défenseur, ça ne doit jamais rire, la première chose à faire, c’est qu’on te respecte. » Le discours est clair, limpide : Carlos n’est pas un rigolo, qui « peut être bon, mais à condition de donner le maximum ». Ce maximum, justement, est peut-être ce qui manque à un Gerard Piqué plus talentueux et à unJavier Mascherano moins défenseur. Car Carles, c’est l’âme du Barça.
Le hic, c’est que cette âme se fait vieillissante. Comme l’indiquent ses 34 printemps au compteur, il n’a plus ses jambes de vingt ans. C’est après la première Coupe du monde ibérique que les pépins commencent à s’accumuler pour Puyi. Une blessure de huit mois qui, paradoxalement, va le pousser à continuer le ballon rond. « J’étais convaincu de quitter l’équipe nationale quand j’étais blessé. En fait, je pensais sérieusement à quitter le football, le Barça, tout. Mais maintenant, après ces huit mois de rééducation, je suis devenu plus fort. Finalement, je n’aurais dû rien dire », explique-t-il dans un entretien fleuve auMundo Deportivo. Avant de rajouter, sourire en coin, qu’il s’imagine bien continuer « jusqu’à mes 40, 45 ans ». Bref, sa grinta est de retour. Sa classe, elle, ne l’a jamais quitté. Les bras d’Abidal, soulevant la Champions League, peuvent encore en témoigner. « Je lui ai dit "Abi, tu la prends", et il m’a dit "Tu es sûr ?" Je lui ai répondu :"C’est la tienne" et ensuite, il l’a soulevée. » Élégance, verset 1.
Casse-tête
En ce début de nouvelle année footballistique, la poisse le retrouve. Et ce, alors même qu’il n’a pu participer à l’Euro victorieux de la Roja à cause d’un foutu genou droit opéré. Face à Osasuna, pour le deuxième round domestique, il se fracture la pommette. Bilan, un arrêt forcé qui le prive du Clásico retour de la Supercoupe d’Espagne. La paire centrale hispano-argentine est à la rue et le Barça se foire dans les grandes largeurs. Face à Getafe, Tito Vilanova le réintègre dans son escouade au point d’en faire un titulaire. Masque de Zorro sur la tête, le capitaine foulera le Coliseum Alfonso Perez jusqu'à la 55e minute. Minute durant laquelle il verra son genou, gauche cette fois, se faire la malle. Le diagnostic est salé : quatre à six semaines de repos forcé, période nécessaire pour qu’il se remette de cet étirement du ligament croisé.
Avec le pépin de son apprenti Piqué, c’est toute la défense catalane qui est orpheline. Aux côtés de Javier Mascherano, Tito Vilanova n’a pas l’embarras du choix. Entre un Alex Song milieu de métier et un Marc Bartra inexpérimenté, l’arrière-garde blaugrana sera expérimentale. Le Real Madrid n’en demandait pas tant avant de se déplacer pour le déjà troisième Clásico de la saison, programmé dans deux semaines. Plus proche de la fin que de ses débuts, Carles Puyol y assistera dans le simple costume de spectateur. Quoi qu’il en soit, lorsque sa retraite sonnera, nul doute que le socio azulgrana lui réservera un terminus en apothéose. Histoire de contredire le parallèle avec l’illustre Paolo.
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Carles Puyol dans une course contre-la-montre
Sports.yahoo.com 16/03/2013
Le capitaine du FC Barcelone Carles Puyol, qui a subi vendredi une arthroscopie du genou droit, fera tout son possible pour rejouer avant la fin de la saison, ont expliqué ses médecins au sein du club catalan.
Ramon Cugat et Ricard Pruna ont refusé de donner samedi une éventuelle date de reprise pour le défenseur central, qui est quasiment certain de manquer le quart de finale de Ligue des champions contre le PSG, le 2 avril au Parc des Princes et le 10 au Camp Nou.
"Il déterminera lui-même son programme de reprise. Cela pourrait durer un mois et demi, deux ou trois mois", a fait savoir Cugat à l'occasion d'une conférence de presse.
"Il a ce problème depuis octobre. Et depuis, la douleur et la gêne ne sont jamais parties. S'il n'avait pas fait cette arthroscopie, il y avait un risque que cela empire", a précisé son homologue Pruna.
La saison de Puyol a été perturbée par de nombreux pépins physiques et il n'a pris part jusqu'ici qu'à treize matches de Liga.
Mais pour ses deux médecins, le défenseur central les a tellement habitués à revenir de blessure plus vite que prévu que l'idée de le revoir jouer avant la fin de la saison ne leur semble pas saugrenue.
"Avec un joueur normal, on dirait qu'il lui faut plusieurs mois pour revenir. Avec Puyol, cette même indisponibilité peut passer à quatre, six ou huit semaines", a expliqué Cugat.
"Il existe une chance pour qu'il soit remis à temps pour la finale de la Ligue des champions (25 mai, NDLR). On sera très heureux car cela signifierait que l'on serait en finale", a-t-il ajouté avec le sourire.
Le capitaine du FC Barcelone Carles Puyol, qui a subi vendredi une arthroscopie du genou droit, fera tout son possible pour rejouer avant la fin de la saison, ont expliqué ses médecins au sein du club catalan.
Ramon Cugat et Ricard Pruna ont refusé de donner samedi une éventuelle date de reprise pour le défenseur central, qui est quasiment certain de manquer le quart de finale de Ligue des champions contre le PSG, le 2 avril au Parc des Princes et le 10 au Camp Nou.
"Il déterminera lui-même son programme de reprise. Cela pourrait durer un mois et demi, deux ou trois mois", a fait savoir Cugat à l'occasion d'une conférence de presse.
"Il a ce problème depuis octobre. Et depuis, la douleur et la gêne ne sont jamais parties. S'il n'avait pas fait cette arthroscopie, il y avait un risque que cela empire", a précisé son homologue Pruna.
La saison de Puyol a été perturbée par de nombreux pépins physiques et il n'a pris part jusqu'ici qu'à treize matches de Liga.
Mais pour ses deux médecins, le défenseur central les a tellement habitués à revenir de blessure plus vite que prévu que l'idée de le revoir jouer avant la fin de la saison ne leur semble pas saugrenue.
"Avec un joueur normal, on dirait qu'il lui faut plusieurs mois pour revenir. Avec Puyol, cette même indisponibilité peut passer à quatre, six ou huit semaines", a expliqué Cugat.
"Il existe une chance pour qu'il soit remis à temps pour la finale de la Ligue des champions (25 mai, NDLR). On sera très heureux car cela signifierait que l'on serait en finale", a-t-il ajouté avec le sourire.
Carles Puyol, le Self-Made Man
Fautetactique 09/12/2012
Quand on entend parler du Barça version coach Guardiola, les expressions qui reviennent le plus souvent sont certainement « génies footballistiques », « maîtrise technique », « jeu de passes » et « beau jeu ». Et pourtant, son joueur le plus emblématique s’appelle Carles Puyol : la technique d’un rugbyman, le physique de Tarzan et le talent de Franck Leboeuf.
Portrait d’un capitaine unique.
Nous sommes à la 73ème minute de la demi-finale de Coupe du Monde en Afrique du Sud. La Roja et la Mannschaft sont sur le fil du rasoir : toujours 0-0 à un quart d’heure de la fin. Mais les ibères semblent avoir l’ascendant psychologique. A tout moment on s’attend à une magie de Villa, Iniesta ou Xavi pour lancer la Seleccion en finale du Mondial. Un dribble de génie, une ouverture surprenante ou une frappe de rêve. Mais, incroyablement, qui se charge de marquer l’un des buts les plus importants de l’histoire de la sélection espagnole et libérer les siens ? Carles, dont le casque s’élève au-dessus de Piqué et rentre à jamais dans l’Histoire avec une tête venue d’ailleurs. Sans doute le mec le moins technique de son équipe. Sans doute le joueur le moins charmant de son pays. Certainement le moins talentueux, aussi. Mais on s’en fout, le football, comme d’habitude, se joue et se gagne dans la tête (et les cheveux). Pas avec les pieds, ni le style.
Par sa hargne et sa détermination inégalables, Puyol a grimpé sur le toit de l’Europe et du monde, en club et en sélection. Et le tout sans savoir frapper un ballon du pied gauche. Belle histoire.
Pas de talent inné
Pour une grande partie des joueurs, on connaît depuis leur naissance le poste qu’ils occuperont sur un terrain de football. Les gardiens naissent gardiens, ils ne le deviennent pas. Les buteurs à la Inzaghi naissent buteurs (ou hors-jeu dans son cas, dixit Sir Alex), ils ne peuvent pas le devenir. Les dribbleurs naissent dribbleurs. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils ont des qualités innées, des qualités qui ne s’aprennent pas. Une sorte de bagage génétique incontournable, comme un héritage.
De son côté, Puyol est le self-made man du football. Ou comment devenir l’un des tout meilleurs joueurs mondiaux sans être doué avec le ballon. Né en 1978 à Pobla de Segur en Catalogne (bien sûr), Carles le gamin n’a pas de don ou de qualités exceptionnelles à exploiter. Il n’a ni la vitesse, ni l’anticipation, ni le toucher de balle. Un peu perdu, un peu dégouté, il ne sait pas trop à quel poste il pourra s’épanouir. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il veut jouer sur ce maudit terrain de foot. Il s’essaye donc dans les cages, puis s’installe à droite en tant qu’ailier. Puis recule, encore et encore. A 17 ans, lorsqu’il est admis à la Sainte Masia, il se reconvertit en arrière droit.
Finalement, il s’installe et excelle au poste de stopper, défenseur central, rugueux et sans pitié, même si Pep profite encore de sa polyvalence pour le faire jouer arrière latéral droit ou gauche. Si l’on devait définir au mieux son poste, on dirait que Puyol est un marcador : à l’image d’un guerrier ayant pour mission de suivre son ennemi à la trace, Puyol le spartiate prend les attaquants adverses au marquage, sans les lâcher, jamais.
L’intrus du Barça ?
Pourtant, Carles est bien un intrus parmi les stars barcelonaises. Au Barca, même le gardien doit avoir un jeu aux pieds bien supérieur à la moyenne des joueurs de champ. Valdès pourrait tranquillement jouer au milieu de terrain vu son aisance technique. Les défenseurs centraux qui lui ont succédé ont tous eu une grande maitrise du ballon. Piqué, Gabi Milito, Mascherano et Busquets (saison 2008/2009 et 2010/2011) ont une technique impeccable pour des défenseurs, que ce soit du pied gauche ou du pied droit. Malgré cela, le seul joueur toujours présent dans le quatuor défensif catalan depuis le 2 Octobre 1999, c’est bien Puyol. Et c’est lui qui s’est imposé comme le seul capitaine Blaugrana à avoir soulevé six coupes en une année. Comment expliquer ce paradoxe ?
Le Petit Jean du Barça. Le vice-capitaine des Culés, ou celui qui aurait dû gagner au moins un ballon d’or ces dernières années, a.k.a El Maestro Xavi Hernandez nous donne le premier élément de réponse : “Moi, je ne suis pas indispensable. Puyol est notre vrai joueur clé, et non pas parce qu’il est le meilleur défenseur du monde, mais grâce à son caractère. Il ne baisse jamais les bras, c’est incroyable”. Puyol est le Petit Jean du Barça : allant toujours vers l’avant, optimiste et battant, il protège le Barça comme sa famille et transmet son mental de boxeur à ses coéquipiers.
Dire que Puyol est un gagnant serait un euphémisme : Carles est un guerrier, un combattant qui associe la défaite à la mort. Sans aucun doute le plus gros mental de l’effectif barcelonais. C’est un stakhanoviste, qui se présente toujours en avance lors des sessions d’entrainements et part toujours en dernier. Son père ouvrier lui a inculqué les valeurs du travail et de la souffrance. D’ailleurs, d’après El Mundo Deportivo, lorsque Pep décide d’insérer Thiago Alcantara en équipe première, il lui dit: “Si tu bosses comme Carles, tu deviendras une de nos pièces maîtresses. Sinon, vu ton potentiel, tu deviendras un des plus grands gâchis du club”. Puyol, au Barça comme en sélection, est l’exemple à suivre, la définition du bon professionnel. Un leader qui met la barre très haut et oblige ses coéquipiers à atteindre son niveau, son envie. Capitán des Blaugrana en 2003, à tout juste 25 ans, bosseur et hargneux sur le terrain, tranquille et poli en dehors, il est le rêve de tout entraîneur.
Un défenseur exceptionnel. Le deuxième élément de réponse se trouve dans ses qualités défensives développées sous la supervision de Louis Van Gaal, en 1999. Ces dernières années, la défense barcelonaise n’a semblé réellement dépassée par les évènements qu’une seule fois, à Milan, contre l’Inter en demi-finale de LDC 2010. Défaite sans appel 3-1. Puyol joue l’un des pires matchs de sa carrière et, cerise sur le gâteau, se prend un carton jaune qui le privera du match retour. Lorsque Carles coule, toute la défense prend l’eau.
Alors oui, l’élégance lui fait défaut. Mais au niveau du placement et de l’organisation défensive il n’est aujourd’hui inférieur à personne. Tel un général expérimenté sur son champ de bataille, c’est lui qui dirige ses défenseurs, qui les place, qui les engueule, qui décide quand il est temps de tenter le hors-jeu (souvent) ou de défendre bas (pratiquement jamais). Piqué dit de Puyol : »c’est lui qui m’a appris à me positionner sur un terrain de football ». Et ce après avoir vécu quatre ans à la cour de Ferguson. Voir Puyol aboyer sur ses défenseurs pour les remettre en place est un spectacle. Et les rares fois où il est mal positionné, il possède la rapidité et l’athlétisme nécessaire pour remédier a son erreur. Ajoutez à cela son jeu de tête exceptionnel (malgré ses 178 centimètres), et vous aurez la description de l’un des meilleurs défenseurs centraux de la planète. De 2008 à 2010, la paire fantastique qu’il forme avec Piqué, sorte de duo Chewbacca – Ian Solo revisité, n’a encaissé que 59 buts en Liga, soit 0.77 par match. Solide.
Pas de Clasico ?
D’après El Mundo Deportivo, demain soir Piqué et Mascherano seront préférés à Puyol lors du Clasico. Un coup dur pour les amants de cette rivalité : Carles devrait toujours participer à ce genre de rencontres. D’autant plus quand on sait à quel point il est devenu le talisman d’un Barça qui ne perd jamais avec lui sur le terrain.
Mais même s’il sera sur le banc, Puyol participera sans aucun doute au résultat de son équipe, à sa manière, c’est-à-dire en transmettant sa hargne et son sérieux, gueulant sur ses coéquipiers, conseillant ses jeunes apprentis, encourageant le capitaine Xavi, et surtout en acceptant les choix de Pep pour montrer, comme toujours, l’exemple à suivre.
Quand on entend parler du Barça version coach Guardiola, les expressions qui reviennent le plus souvent sont certainement « génies footballistiques », « maîtrise technique », « jeu de passes » et « beau jeu ». Et pourtant, son joueur le plus emblématique s’appelle Carles Puyol : la technique d’un rugbyman, le physique de Tarzan et le talent de Franck Leboeuf.
Portrait d’un capitaine unique.
Nous sommes à la 73ème minute de la demi-finale de Coupe du Monde en Afrique du Sud. La Roja et la Mannschaft sont sur le fil du rasoir : toujours 0-0 à un quart d’heure de la fin. Mais les ibères semblent avoir l’ascendant psychologique. A tout moment on s’attend à une magie de Villa, Iniesta ou Xavi pour lancer la Seleccion en finale du Mondial. Un dribble de génie, une ouverture surprenante ou une frappe de rêve. Mais, incroyablement, qui se charge de marquer l’un des buts les plus importants de l’histoire de la sélection espagnole et libérer les siens ? Carles, dont le casque s’élève au-dessus de Piqué et rentre à jamais dans l’Histoire avec une tête venue d’ailleurs. Sans doute le mec le moins technique de son équipe. Sans doute le joueur le moins charmant de son pays. Certainement le moins talentueux, aussi. Mais on s’en fout, le football, comme d’habitude, se joue et se gagne dans la tête (et les cheveux). Pas avec les pieds, ni le style.
Par sa hargne et sa détermination inégalables, Puyol a grimpé sur le toit de l’Europe et du monde, en club et en sélection. Et le tout sans savoir frapper un ballon du pied gauche. Belle histoire.
Pas de talent inné
Pour une grande partie des joueurs, on connaît depuis leur naissance le poste qu’ils occuperont sur un terrain de football. Les gardiens naissent gardiens, ils ne le deviennent pas. Les buteurs à la Inzaghi naissent buteurs (ou hors-jeu dans son cas, dixit Sir Alex), ils ne peuvent pas le devenir. Les dribbleurs naissent dribbleurs. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils ont des qualités innées, des qualités qui ne s’aprennent pas. Une sorte de bagage génétique incontournable, comme un héritage.
De son côté, Puyol est le self-made man du football. Ou comment devenir l’un des tout meilleurs joueurs mondiaux sans être doué avec le ballon. Né en 1978 à Pobla de Segur en Catalogne (bien sûr), Carles le gamin n’a pas de don ou de qualités exceptionnelles à exploiter. Il n’a ni la vitesse, ni l’anticipation, ni le toucher de balle. Un peu perdu, un peu dégouté, il ne sait pas trop à quel poste il pourra s’épanouir. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il veut jouer sur ce maudit terrain de foot. Il s’essaye donc dans les cages, puis s’installe à droite en tant qu’ailier. Puis recule, encore et encore. A 17 ans, lorsqu’il est admis à la Sainte Masia, il se reconvertit en arrière droit.
Finalement, il s’installe et excelle au poste de stopper, défenseur central, rugueux et sans pitié, même si Pep profite encore de sa polyvalence pour le faire jouer arrière latéral droit ou gauche. Si l’on devait définir au mieux son poste, on dirait que Puyol est un marcador : à l’image d’un guerrier ayant pour mission de suivre son ennemi à la trace, Puyol le spartiate prend les attaquants adverses au marquage, sans les lâcher, jamais.
L’intrus du Barça ?
Pourtant, Carles est bien un intrus parmi les stars barcelonaises. Au Barca, même le gardien doit avoir un jeu aux pieds bien supérieur à la moyenne des joueurs de champ. Valdès pourrait tranquillement jouer au milieu de terrain vu son aisance technique. Les défenseurs centraux qui lui ont succédé ont tous eu une grande maitrise du ballon. Piqué, Gabi Milito, Mascherano et Busquets (saison 2008/2009 et 2010/2011) ont une technique impeccable pour des défenseurs, que ce soit du pied gauche ou du pied droit. Malgré cela, le seul joueur toujours présent dans le quatuor défensif catalan depuis le 2 Octobre 1999, c’est bien Puyol. Et c’est lui qui s’est imposé comme le seul capitaine Blaugrana à avoir soulevé six coupes en une année. Comment expliquer ce paradoxe ?
Le Petit Jean du Barça. Le vice-capitaine des Culés, ou celui qui aurait dû gagner au moins un ballon d’or ces dernières années, a.k.a El Maestro Xavi Hernandez nous donne le premier élément de réponse : “Moi, je ne suis pas indispensable. Puyol est notre vrai joueur clé, et non pas parce qu’il est le meilleur défenseur du monde, mais grâce à son caractère. Il ne baisse jamais les bras, c’est incroyable”. Puyol est le Petit Jean du Barça : allant toujours vers l’avant, optimiste et battant, il protège le Barça comme sa famille et transmet son mental de boxeur à ses coéquipiers.
Dire que Puyol est un gagnant serait un euphémisme : Carles est un guerrier, un combattant qui associe la défaite à la mort. Sans aucun doute le plus gros mental de l’effectif barcelonais. C’est un stakhanoviste, qui se présente toujours en avance lors des sessions d’entrainements et part toujours en dernier. Son père ouvrier lui a inculqué les valeurs du travail et de la souffrance. D’ailleurs, d’après El Mundo Deportivo, lorsque Pep décide d’insérer Thiago Alcantara en équipe première, il lui dit: “Si tu bosses comme Carles, tu deviendras une de nos pièces maîtresses. Sinon, vu ton potentiel, tu deviendras un des plus grands gâchis du club”. Puyol, au Barça comme en sélection, est l’exemple à suivre, la définition du bon professionnel. Un leader qui met la barre très haut et oblige ses coéquipiers à atteindre son niveau, son envie. Capitán des Blaugrana en 2003, à tout juste 25 ans, bosseur et hargneux sur le terrain, tranquille et poli en dehors, il est le rêve de tout entraîneur.
Un défenseur exceptionnel. Le deuxième élément de réponse se trouve dans ses qualités défensives développées sous la supervision de Louis Van Gaal, en 1999. Ces dernières années, la défense barcelonaise n’a semblé réellement dépassée par les évènements qu’une seule fois, à Milan, contre l’Inter en demi-finale de LDC 2010. Défaite sans appel 3-1. Puyol joue l’un des pires matchs de sa carrière et, cerise sur le gâteau, se prend un carton jaune qui le privera du match retour. Lorsque Carles coule, toute la défense prend l’eau.
Alors oui, l’élégance lui fait défaut. Mais au niveau du placement et de l’organisation défensive il n’est aujourd’hui inférieur à personne. Tel un général expérimenté sur son champ de bataille, c’est lui qui dirige ses défenseurs, qui les place, qui les engueule, qui décide quand il est temps de tenter le hors-jeu (souvent) ou de défendre bas (pratiquement jamais). Piqué dit de Puyol : »c’est lui qui m’a appris à me positionner sur un terrain de football ». Et ce après avoir vécu quatre ans à la cour de Ferguson. Voir Puyol aboyer sur ses défenseurs pour les remettre en place est un spectacle. Et les rares fois où il est mal positionné, il possède la rapidité et l’athlétisme nécessaire pour remédier a son erreur. Ajoutez à cela son jeu de tête exceptionnel (malgré ses 178 centimètres), et vous aurez la description de l’un des meilleurs défenseurs centraux de la planète. De 2008 à 2010, la paire fantastique qu’il forme avec Piqué, sorte de duo Chewbacca – Ian Solo revisité, n’a encaissé que 59 buts en Liga, soit 0.77 par match. Solide.
Pas de Clasico ?
D’après El Mundo Deportivo, demain soir Piqué et Mascherano seront préférés à Puyol lors du Clasico. Un coup dur pour les amants de cette rivalité : Carles devrait toujours participer à ce genre de rencontres. D’autant plus quand on sait à quel point il est devenu le talisman d’un Barça qui ne perd jamais avec lui sur le terrain.
Mais même s’il sera sur le banc, Puyol participera sans aucun doute au résultat de son équipe, à sa manière, c’est-à-dire en transmettant sa hargne et son sérieux, gueulant sur ses coéquipiers, conseillant ses jeunes apprentis, encourageant le capitaine Xavi, et surtout en acceptant les choix de Pep pour montrer, comme toujours, l’exemple à suivre.
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